L’abstention aura été l’une des grandes caractéristiques des élections présidentielles et législatives de cette année  : 26,3 % au premier tour de la présidentielle et 28,1 % au second, ce qui place ce scrutin juste derrière le record de faible participation atteint en 1969. Pire encore, au premier tour des législatives, l’abstention s’élève à 52,9 % un pourcentage inédit sous la Ve République, et 53,7 % au second tour. Et c’est notre jeunesse qui, massivement, nourrit les rangs de l’abstentionnisme. 

Ainsi, le diagnostic avancé dans le rapport de l’Institut Montaigne, Une jeunesse plurielle, d’une désaffiliation politique d’une grande partie de la jeunesse se trouve largement confirmé par ces résultats. Selon un sondage IPSOS réalisé du 6 au 9 avril 2022 auprès d’un échantillon de 4 000 personnes inscrites sur les listes électorales, 42 % des 18-24 ans ne comptaient pas se rendre aux urnes au premier tour de l’élection présidentielle (46 % des 25-34 ans). Pire encore, au premier tour des élections législatives du 12 juin, 69 % des 18-24 ans ont boudé les urnes (71 % des 25-34 ans) (sondage IPSOS auprès de 4 000 personnes inscrites sur les listes électorales). Et toujours selon IPSOS, ils étaient 71 % au second tour. 

Il en résulte que seul un petit tiers des jeunes a considéré utile d’exprimer un choix politique lors de ces législatives alors que l’offre politique était abondante et diversifiée. C’est d’autant plus remarquable que la gauche, dans la plupart de ses composantes, s’était électoralement unie pour cette élection. Son programme économique et social proposant des nationalisations, des augmentations généralisées des salaires, d’importantes dépenses publiques notamment pour l’éducation et la recherche, et un volet écologique extrêmement consistant et détaillé semblait pouvoir séduire une part importante de la jeunesse de ce pays. La promesse qu’un autre monde est possible, pour reprendre la formule des altermondialistes que Jean-Luc Mélenchon a repris durant sa campagne présidentielle, offrait à ceux qui contestent le pouvoir actuel la possibilité de peser réellement sur le résultat, d’envisager même une majorité à l’Assemblée nationale, d’avoir Jean-Luc Mélenchon à Matignon et de commencer à œuvrer pour une alternative globale aux politiques actuellement mises en œuvre.

Au premier tour, 42 % de ceux âgés de 18 à 24 ans qui ont accompli leur devoir électoral ont choisi la NUPES, mais 42 % des 30 % qui ont effectivement voté, cela représente moins de 13 % de l’ensemble de ces jeunes. Aussi, entre les deux tours, Jean-Luc Mélenchon n’a pas hésité à sonner la mobilisation générale. Le 13 juin sur France 2, il admonestait ceux qui s’abstiennent  : « Je veux dire aux jeunes qu’il faut qu’ils se mêlent de leurs affaires.  Ce n’est pas la peine de venir râler sur Parcoursup si après on ne vote pas pour ceux qui veulent l’abolir« .  et il ajoutait que s’ils se soucient de l’avenir de la planète « c’est le moment d’envoyer à l’Assemblée nationale des gens qui vont s’y prendre pour de bon et pour de vrai« .