Chaque mois, le Collectif Mentorat organise, sous format webinaire, une rencontre réunissant l’éco-système du mentorat. Ces rencontres permettent de réfléchir ensemble à des sujets d’actualités, partager des pratiques et s’inspirer des expertises des intervenants.

Pour cette Rencontre, le Collectif Mentorat a souhaité donner de la visibilité à ses actions de plaidoyer, après avoir lancé un appel pour un droit au mentorat en début d’année, pour mettre la question de la jeunesse et des inégalités qu’elle subit au cœur de la campagne présidentielle.

Quelques mois plus tard, nous sommes revenus sur les origines de cet appel, sa raison d’être, et nous avons évoqué la suite à lui donner.

Quels résultats pour cette campagne de plaidoyer ?
Quelles actions concrètes pour obtenir un droit au mentorat ?
Quelle complémentarité avec les actions des associations ?
Quelles perspectives pour l’émergence d’un droit au mentorat ?

Intervenants : 

Le plaidoyer, un outil au service de l’action terrain des associations.

À la création du Collectif Mentorat, en septembre 2019, le plaidoyer est déjà au cœur des missions de ce regroupement d’organisations professionnelles de l’accompagnement de jeunes en difficultés. Dès le départ, il s’agit d’identifier le dénominateur commun de ces actions similaires à travers le mot “mentorat”. 

Le mentorat va alors devenir un outil collectif et va permettre à ses organisations de travailler collectivement au-delà du plaidoyer. La tribune publiée dans le Journal Du Dimanche en octobre 2019 a été l’acte fondateur du Collectif avec pour objectif fort de rendre visible la question du mentorat. Ces organisations ont ainsi travaillé collectivement et construit les bases solides de ce qui permettra de développer leur plaidoyer et de défendre une vision commune du mentorat : un terme commun pour parler de leurs actions et une définition reconnue par tous du mentorat.

La deuxième brique du plaidoyer porté par le Collectif Mentorat s’appuie sur les premières Assises du Mentorat organisées en janvier 2020. C’est désormais l’utilité du mentorat comme dispositif de lutte contre les inégalités sociales, éducatives, territoriales, et de renfort du lien social, qui est mis en lumière. Le mentorat est un levier important pour créer une société de l’engagement. Corrélé à un travail de lobbying, ce plaidoyer sur l’impact social a permis de donner naissance au plan 1 jeune, 1 mentor porté par l’État en coconstruction avec le Collectif Mentorat. C’est aussi grâce à un travail formidable sur le terrain, que les organisations membres ont réussi à atteindre l’objectif des 100 000 jeunes accompagnés en 2021 (en comparaison aux 30 000 jeunes accompagnés en 2020) et que la prochaine étape a pu être imaginée: la question du droit au mentorat, repris par la 1ère Ministre, Elisabeth Borne, lors de son premier déplacement le 19 mai 2022.

Le droit au mentorat s’inscrit dans la nécessité et l’envie d’aller plus loin et plus vite.

Généraliser le mentorat, c’est poser un modèle de société. Le mentorat est utile et nécessaire pour le jeune, pour le mentor et pour la société. Ce n’est pas seulement l’action sociale qui est en jeu, mais bien la transformation sociétale avec une urgence à agir. Développer le mentorat, c’est trouver les jeunes qui en ont besoin, les mentors et les financements pour les accompagner. Chacun peut y contribuer en rendant lisible et visibles les actions portées par les membres du Collectif Mentorat.


Le chemin législatif est un moyen de rendre visible ce sujet. La loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants en son article 9 en est un bon exemple. Cette loi vise à proposer de manière systématique du mentorat et du parrainage de proximité à chaque enfant confié à l’Aide Sociale à l’Enfance. Lors de cette Rencontre, et fort de cette première généralisation du mentorat auprès d’un public précis, Nadège Havet, sénatrice du Finistère engagée sur ces questions, a fait savoir son souhait d’aller plus loin et de porter au Parlement un texte qui élargirait ce droit à tous les élèves en difficulté.

Pour un droit au mentorat pour tous les jeunes, la nécessité d’une bonne articulation des actions des membres du Collectif Mentorat et d’un maillage fort des territoires.

Des millions de jeunes pourraient bénéficier et avoir besoin du mentorat. La force du Collectif Mentorat est de réunir plus de 60 acteurs et ainsi proposer plus de 60 programmes de mentorat permettant ainsi de répondre aux besoins de cette jeunesse plurielle : de 5 à 30 ans, public en situation de handicap, public en risque de décrochage scolaire, jeunes de l’Aide Sociale à l’Enfance… Plus qu’un droit au mentorat, il est alors question de l’accès au droit au mentorat, c’est-à-dire faciliter et démocratiser l’accès au mentorat, et notamment à ceux qui en ont le plus besoin. Pour cela, il est nécessaire de mener un travail partenarial fort en sensibilisant les acteurs, les partenaires, les prescripteurs, les familles, les institutions, à la question du mentorat. En explicitant et en sensibilisant les acteurs du territoire sur les apports du mentorat auprès de chaque public, cela leur permet de l’ajouter à leur panel de services à proposer aux jeunes qu’ils accompagnent. Ainsi, grâce à ce travail collectif et collaboratif, à la diversité et l’articulation des programmes de mentorat proposés, tout un écosystème se crée, permettant progressivement de mailler tout l’ensemble des territoires, pour être en mesure de proposer du mentorat à tout jeune qui en a besoin.

Vers une société des mentors.

Pour permettre l’émergence de ce droit au mentorat pour chaque jeune qui en a besoin, il faut des citoyens qui s’engagent. Les programmes de mentorat permettent de répondre à la pluralité des besoins des jeunes, mais permettent aussi à des citoyens de tout âge et de tous horizons d’accompagner un jeune. Ainsi, être mentor est une possibilité quasi-universelle, ce qui nous donne un fort potentiel d’engagement, mais aussi un défi pour réussir à mobiliser tous ces citoyens. Les organisations ont une capacité à mobiliser de nouveaux mentors et à les accompagner via notamment une offre de formations, mais elles doivent aussi faire un travail de sensibilisation auprès des organisations publiques et privées comme appui à la mobilisation de leurs collaborateurs, salariés, fonctionnaires. Pour embarquer de nouveaux acteurs, il faut objectiver et mettre en avant le mentorat, comme outil de transformation de société mais aussi de transformation organisationnelle. La reconnaissance et la valorisation de l’engagement sont des clés à activer et déployer pour encourager la construction de cette société de l’engagement. Ainsi, pour aller vers une société du mentorat qui permet l’engagement, il faut faciliter, informer, accompagner mais aussi valoriser l’engagement.

Le rôle central des membres du Collectif Mentorat, ces organisations qui ont l’expertise et l’ingénierie pour mettre en place ce mentorat.

Les associations professionnelles travaillent à l’harmonisation de leurs pratiques, mais aussi à développer l’offre mentorale sur le territoire. Cette ingénierie des organisations est progressivement reconnue grâce à la reconnaissance du métier de référent mentorat, grâce à un partenariat avec Hexopée.

Pour pérenniser, consolider et développer ces programmes de mentorat de qualité, elles ont besoin de relais sur le terrain pour identifier les jeunes à mentorer, mobiliser de nouveaux mentors mais aussi des organisations publiques et privées via des financements pour assurer le travail de mobilisation, d’accompagnement, de suivi des binômes. L’Etat, les services déconcentrés de l’État, les collectivités territoriales mais aussi les entreprises doivent se mobiliser aux côtés de ces structures et les accompagner grâce à des financements permettant d’assurer l’émergence d’un droit au mentorat.